vendredi 8 janvier 2010

sans nom

te dis arrête, tais-toi !, ou…
ou quoi sinon, tu me prendras dans tes bras?
rien n’apaisera la peur, les pleurs
ni ma pomme froide, ni cette rouge fleur

pendant que les gaz s’échappent au ralenti,
c’est pour toi que je fais la grue : traverse petit !
le Styx pas plus large qu’une rue
dont tu ignores tout, car rien ne vaut plus.

sous nos pas craque la neige du matin
la lune, un bout de quartier au-dessus des sapins,
adoucit la cruauté des hommes, leurs passions.
je pose le glaive, fonds dans un ultime ton.

vendredi 13 novembre 2009

adieu

par un après-midi de février
je l’ai rencontrée
souriante et simple…
il faisait bon, au quatrième,
près de la machine à café,
son regard était clair,
sa vois accueillante,
on a bu de cette décoction noire
encore bien des fois,
le matin, l’après-midi,
en discutant,
en se regardant
on a aussi partagé le pain, autour d’une table
ronde ou carrée
à trois, à quatre, à plusieurs,
ses yeux toujours grands
et limpides
jusqu’à hier - un jour comme un autre :
il faisait doux, les passants avançaient lentement
le long des rues
remplies de feuilles
jaunes et brunes,
autrefois vertes et mouvantes.
son regard ne sera plus,
plus rien qu’une nouvelle entrée
dans ce grand inconnu
sans commencement
ni fin.

mercredi 28 octobre 2009

HM, un style

"scriitoare originară din Romania", "Germancă născută în Romania", "Germancă de origine română", ... obsesia naţionalităţii şi a apartenenţei, cînd ceea ce interesează e doar universalitatea temelor şi stilul.
Francezii au preferat, la reeditarea de după Nobel, pur şi simplu: "née en Roumanie en 1953, elle vit à Berlin depuis 1987. Poète et romancière de langue maternelle allemande".

iar stilul e cuceritor:

Ţuica creşte între Carpaţi şi cîmpia aridă a ţării cu dealuri şi văi. Acolo, sate minuscule se pitesc între livezi nesfîrşite de pruni. Păduri întregi de pomi, acoperite de un văl albăstrui la sfîrşitul verii, cu crengile înclinate de rod. Alcoolul poartă numele ţinutului cu dealuri şi văi, dar nimeni nu foloseşte numele înscris pe etichetă. La ce bun un nume de marcă cînd în toată ţara nu se găseşte decît această ţuică ?, aşa că oamenii au botezat-o, simplu, după imaginea de pe etichetă : « Două prune ». Cele două prune cu codiţele unite sunt la fel de cunoscute bărbaţilor precum imaginea Maicii cu Pruncul femeilor. Se spune că prunele lipite una de alta simbolizează iubirea dintre băutor şi sticla sa. După mine, aceste două prune îngemănate duc cu gîndul mai curînd la fotografiile de nuntă decît la icoane. Ïn nici un tablou religios capul Pruncului nu apare la acelaşi nivel cu cel al Fecioarei. Copilul e în general reprezentat cu fruntea sprijinită pe obrazul Mariei, în vreme ce propriul obraz îi este lipit de gîtul Maicii Sale, iar bărbia pe sînul ei. Pe deasupra, băutorul de ţuică şi sticla sfîrşesc cel mai adesea la fel ca el şi ea de pe fotografiile de nuntă : nu se despart şi se distrug reciproc.

Herta Müller
Heute wär ich mir lieber nicht begegnet, Rowohlt Verlag, 1997. (La convocation, Métailié, 2001).

jeudi 15 octobre 2009

Ritchie

… am dat a înţelege că obţinusem mărturia unui soldat german care avusese în grijă toaleta lui Hitler pe durata războiului. Şi le-am spus că acest SS ne divulgase, la interogatoriu, că Führerul avea un scrot de dimensiuni modeste... cîteva zile mai tîrziu am primit vizita unui colonel, care venise să verifice informaţia, era să o încurcăm… dar surpriza a venit mulţi ani după aceea, cînd am citit în analele unui istoric, „mărturia autentică“ a lui Adolf Schultz, cel care avusese în grijă toaleta celui mai puternic bărbat din vremea celui de-al III-lea Reich: gluma noastră era reprodusă negru pe alb, ca o piesă indelebilă la dosarul nazismului.

The Ritchie Boys

mardi 6 octobre 2009

MM

La folie de goûter la rose

À la racine naturelle du mal
je mets une irrésistible envie d’embrasser
à loisir mes mains.

(Oh, mon ami
la folie de goûter la rose
suspendus par une oreille au rose bon sens)
À 17 ans,
à 23 et l’hiver prochain
je me rappellerai de moi-même
avec une précision diabolique.

Comme si mes paupières poussaient au bout des ongles
- en vieillissant j’arrondirais mes lèvres
pour ce mot de croassement…

Mariana Marin (1956 - 2003)

mercredi 23 septembre 2009

t(z)ara mea (II)

Ma pensée est un pays qui tient uniquement un poteau de télégraphe et rien de plus.
Mon pays est beau et fier. Les communistes m’ont appris que c’est le plus beau pays au monde, on a des montagnes, on a la mer, des collines douces et des vallées tristes. Les rivières, ce sont des cristaux purs, des sœurs qui collectent les larmes des montagnes. Les habitants de mon pays sont des gens appliqués et courageux, c’est toujours les communistes qui le disaient, ils portent des habits chers, leurs vêtements n’ont pas d’égal. Tous ceux qui partent d’ici, c’est pour aller dire aux autres comment c’est beau chez nous, combien nous sommes bons, combien nos femmes sont belles, avec leurs visages frais et leurs poitrines fermes, c’est pour cela d’ailleurs qu’ils reviennent, le pays leur manque trop. Il n’y a aucun des nôtres au-delà de nos frontières, ils sont tous rentrés à la maison.
Au-delà de nos frontières, il y a des amis et des ennemis.
Notre meilleur ami, c’est la mer. Nos ennemis sont le vent, la fainéantise, la faim. Et aussi le doryphore, le plus nuisible pour nos récoltes de pommes de terre.
Dans mon pays, j’écoute la radio des voisins à travers les murs, mais c’est avec les pièces vides que je m’entends le mieux. Les beautés des montagnes et de la mer me tiennent par l’épaule, comme si j’étais saoul, et je m’enfonce un peu plus, jour après jour, dans le rêve. Autrement, j’ai envie de hurler mon désespoir, mais j’ai été verbalisé déjà deux fois pour trouble de l’ordre public. Dans mon pays, il y a plein de chaînes de télé, de la publicité, des interviews et des talk-shows. Dans mon pays, les gens se connaissent en tout ou presque. Quelquefois, ils demandent aussi.
Le rating international de mon pays a grimpé de façon spectaculaire ces derniers temps, de même que la consommation de viande (mais seulement au cours de la dernière année). Les gens ne partent plus en vacances, car on a la montagne et la mer tout près. On ne part plus de chez nous. En revanche, on reçoit plein de touristes, des Italiens et des Allemands surtout, ils viennent chasser ici, ils s’y plaisent tellement qu’ils ne veulent plus rentrer chez eux.
Chez nous, on a plus de stars que nul part ailleurs, surtout des chanteurs, des gens de télévision, on a aussi une équipe nationale de foot aussi fière que nous-mêmes et que nos terres riches. Nos terres sont noires et le grain est gros. La cerise est aussi grosse que l’abricot, l’abricot aussi gros que la tomate, la tomate aussi grosse que la pastèque. La pastèque est souvent importée, de Turquie. Notre pays est superbe, beau comme des vergers de pommiers et de poiriers en fleur ; et les poiriers, comme les pommiers. Mon pays est superbe, comme un céleri, comme une betterave à sucre.
Mon pays ne m’appartient pas en fait. Il a été pris en concession par un holding multinational, aussi superbe que nous-mêmes. Une partie seulement a été partagée entre quelques hommes qui ont le sens des affaires. On affiche leurs visages en posters, une fois tous les quatre ans, au mois de décembre en général, sur les murs des HLM. Ils sont chaque fois un peu plus âgés.

Augustin Cupşa - Perforatorii (2006), extraits

jeudi 17 septembre 2009

loin d'un temple


contempler
des tempes
pour casser
les hampes
qui nous campent
dans la distance
par une fulgurance
d’une époustouflante
errance
en évitant les stances
de circonstance
fuyant
clichés
étampes
loin de tout
entre chien et loup
templiers sans trêve
d’un rêve
debout.